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Bien-être

Le luxe de ne plus être à la course — un autre rapport au temps

Christine Gaubert

Christine Gaubert

Praticienne LaHoChi & Consultante Akashique

Ne plus courir n'est pas une fatigue, c'est un choix. Une vie peut se réorganiser autour d'une autre vitesse — plus juste, plus dense, plus habitée. Mais cette bascule n'est pas évidente dans une époque qui valorise la rapidité. Voici ce qui change quand on choisit consciemment de ralentir.

## La course comme évidence

Pour beaucoup, courir est devenu naturel. On court entre les rendez-vous, entre les tâches, entre les rôles. On répond aux messages dans la file d'attente du supermarché. On consulte ses mails pendant les repas. On planifie son week-end pendant la semaine, et sa semaine pendant le week-end.

Cette vitesse n'est plus questionnée. C'est juste comme ça. *On est tous débordés.* Comme si le débordement était une condition humaine, et pas un choix.

## Ce que la course coûte

La course continue coûte des choses précises :

**La présence**. On n'est jamais vraiment où on est. Toujours un peu ailleurs, dans la pensée d'autre chose, dans le prochain truc à faire.

**La qualité des relations**. Une conversation menée en courant n'est pas une vraie conversation. Une présence à un enfant en courant n'est pas une vraie présence.

**L'intuition**. Les intuitions arrivent dans les creux. Si on ne laisse pas de creux, on n'a plus d'intuitions — on n'a que des calculs.

**Le plaisir**. Le plaisir demande un temps. Un café avalé n'a pas le goût d'un café savouré. Le plaisir disparaît sous la vitesse.

**La santé**. À terme, le système nerveux n'encaisse plus. Burn-out, fatigue chronique, maladies de stress.

## Pourquoi on continue à courir

Si la course coûte tant, pourquoi continue-t-on ? Plusieurs raisons :

**La pression sociale**. Être débordé(e) est devenu un signe de réussite. Avoir du temps est presque suspect.

**La peur du vide**. Courir évite de rencontrer ce qui se présenterait dans le silence.

**L'identité construite sur la performance**. Si on ne court plus, qui est-on ?

**L'habitude neurologique**. Le système nerveux est habitué à l'adrénaline. Ralentir est inconfortable physiquement avant d'être confortable.

## Ce qui change quand on ralentit

Ralentir consciemment ne se fait pas du jour au lendemain. Mais quand on le fait, des choses précises changent :

**Le temps se dilate**. Curieusement, en faisant moins, on a l'impression d'avoir plus de temps. Parce qu'on est présent(e) à chaque moment.

**Les choses essentielles ressortent**. Quand on n'est plus dans l'urgence permanente, on voit ce qui compte vraiment — et ce qui ne compte pas, qu'on faisait par automatisme.

**La qualité d'attention augmente**. Une heure de présence pleine vaut souvent une journée de présence morcelée.

**Les intuitions reviennent**. Les bonnes idées, les pressentiments, les éclairs de compréhension reviennent quand on laisse de l'espace.

## Comment commencer

Quelques pistes très concrètes :

**Laisser des creux dans l'agenda**. Pas tout enchaîner. Entre deux rendez-vous, garder 30 minutes vides — pas pour autre chose, juste pour ne pas courir.

**Faire une chose à la fois**. Pas le téléphone pendant le repas. Pas la radio pendant le travail. Pas le podcast pendant la marche. Une chose, en présence.

**Réduire les engagements**. Dire non à des choses qu'on aurait acceptées par réflexe. Pas pour avoir plus de temps libre — pour ne pas se disperser.

**Faire des transitions**. Entre deux activités, prendre 2 minutes pour s'arrêter, respirer, marquer la transition.

## Le luxe vrai

Dans une époque où tout est à portée immédiate, le vrai luxe n'est plus la possession — c'est le temps. Le temps lent. Le temps habité. Le temps qui n'est pas comptabilisé en productivité.

Ne plus courir, ce n'est pas se retirer du monde. C'est y être autrement — avec plus de présence, plus de discernement, plus de profondeur.

C'est probablement l'un des derniers luxes que personne ne peut t'acheter. Il faut le choisir, le défendre, le tenir. C'est exigeant. Et c'est libérateur.