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Bien-être

L'illusion du "lâcher-prise" immédiat : ce que personne ne dit

Christine Gaubert

Christine Gaubert

Praticienne LaHoChi & Consultante Akashique

« Lâche prise. » On l'entend partout — dans les cercles spirituels, en thérapie, sur les coussins de méditation. Comme si lâcher prise était une décision, un acte simple à poser quand on souffre trop. Mon expérience, et celle des personnes que j'accompagne, dit l'inverse : le vrai lâcher-prise est presque toujours l'aboutissement d'un processus long. Vouloir le forcer crée de la culpabilité supplémentaire.

Le malentendu

« Lâche prise » est devenu une formule qu'on jette à quelqu'un qui souffre. Parfois avec bienveillance, parfois pour clore la conversation. Le sous-entendu est : tu pourrais arrêter de souffrir si tu voulais vraiment. C'est faux, et c'est douloureux.

Personne ne s'accroche par plaisir à une rumination, à un chagrin, à une obsession. Si on s'accroche, c'est qu'une partie de soi a besoin de tenir cette charge — pour des raisons souvent profondes qui ne se balayent pas d'une injonction.

Ce que recouvre vraiment « lâcher prise »

Le lâcher-prise réel n'est pas un acte de volonté. C'est plutôt un mouvement qui se produit quand plusieurs conditions sont réunies :

Voir clairement ce qu'on tient. On ne lâche pas ce qu'on ne voit pas. La première étape est de comprendre ce qu'on tient et pourquoi.

Honorer la fonction de cette tenue. Si on s'accroche, c'est qu'il y a une raison. Souvent une raison ancienne : un attachement, une peur, une fidélité, un déni. La rejeter ne marche pas.

Trouver autre chose à tenir. On ne lâche pas dans le vide. Souvent, on lâche quand quelque chose d'autre est venu prendre la place — un sens nouveau, une présence, un ancrage retrouvé.

Accepter que ça prenne du temps. Le lâcher-prise se fait par couches. On lâche un peu, puis on reprend, puis on lâche un peu plus. Vouloir lâcher d'un coup, c'est rester crispé.

La violence cachée de l'injonction

Dire « lâche prise » à quelqu'un qui ne peut pas, c'est ajouter une couche : tu souffres ET tu es coupable de ne pas savoir lâcher. Cette double charge enferme.

Les meilleures aides à un lâcher-prise sont l'inverse : tenir avec la personne, valider sa difficulté, ne pas brusquer. Quand quelqu'un se sent vraiment accueilli dans ce qu'il porte, il lâche souvent tout seul, sans qu'on le lui demande.

Ce qui aide vraiment

Au lieu de viser le lâcher-prise comme un objectif, visez la présence à ce que vous tenez. Pourquoi vous tenez. Ce que ça vous coûte. Ce que ça vous protège. Quand cette présence devient plus vaste que la tenue, le lâcher se fait — sans même qu'on l'ait décidé.

C'est moins glorieux qu'un grand lâcher-prise théâtral. C'est juste plus vrai. Et ça dure.