Culpabilité : comment arrêter de s'en vouloir

Christine Gaubert
Praticienne LaHoChi & Consultante Akashique
Arrêter de culpabiliser ne veut pas dire ne plus rien ressentir. La culpabilité a un rôle : elle signale qu'un de nos actes a touché quelqu'un ou heurté nos valeurs. Le problème commence quand elle s'installe, revient sans cesse et ne débouche sur rien. Distinguer les deux formes, se poser les bonnes questions, réparer ce qui peut l'être et savoir quand demander de l'aide : voilà le chemin proposé ici.
Une alarme utile, une alarme déréglée
La culpabilité ressemble à une alarme. Bien réglée, elle sonne quand un de vos actes a touché quelqu'un ou heurté vos valeurs : vous avez oublié un anniversaire, parlé trop sèchement, promis sans tenir. Elle appelle une excuse ou un geste, puis elle se calme.
Déréglée, elle sonne pour un rien, et ne dit plus « j'ai mal agi » mais « je suis quelqu'un de mauvais ». Elle s'en prend à des choses que vous ne contrôliez pas, à des choix faits avec ce que vous saviez à l'époque, ou à des besoins ordinaires : dire non, se reposer, ne pas répondre tout de suite. Qu'elle continue de sonner ne prouve pas que la faute soit grave, et aucune réparation ne l'éteint.
Un exemple : quelqu'un n'a pas pu se rendre à un repas de famille parce qu'il était épuisé. Alarme bien réglée : « J'aurais dû prévenir plus tôt, je vais appeler pour m'excuser. » Alarme déréglée : « Je les déçois toujours, ils ne m'aiment plus. » Le fait est le même ; seule la sirène change. La culpabilité qu'on ressent quand une amitié s'effrite, dont parle l'article sur pourquoi certaines amitiés s'effacent, en est une autre illustration.
Un repère simple : l'une pousse à agir, l'autre pousse à se punir.
Le tribunal intérieur : de qui est cette règle ?
Un juge intérieur très sévère habite certaines personnes : il parle parfois avec la voix d'un parent, d'un enseignant ou d'une règle jamais discutée. Il condamne à la moindre erreur et n'accorde jamais de circonstances atténuantes. Le texte sur apprendre à exister sans avoir à se prouver évoque lui aussi un juge intérieur qui prend le relais.
Un exercice utile consiste à écrire la phrase exacte que vous vous répétez. « J'aurais dû. » « Une bonne mère ferait autrement. » « Je suis égoïste. » Une fois sur le papier, la phrase perd un peu de son autorité, et vous pouvez vous demander : de qui est cette règle ? Est-ce que je l'ai choisie, ou est-ce que je l'ai reçue ?
Il arrive aussi qu'on vous fasse porter une culpabilité qui n'est pas la vôtre, par des reproches répétés ou des sous-entendus. Demandez-vous si la gêne vient d'un acte que vous regrettez vous-même, ou d'un jugement extérieur que vous avez adopté. Si dire non vous vaut des jours de remords, l'article sur l'art de dire non sans culpabiliser propose des formulations simples.
Quatre questions pour arrêter de culpabiliser
Quand la culpabilité monte, essayez de répondre par écrit, une question après l'autre :
- Qu'ai-je fait, précisément ? Décrivez le fait en une phrase, sans adjectif ni jugement.
- Que savais-je à ce moment-là ? Avec vos informations, vos moyens et votre niveau de fatigue d'alors, votre choix avait probablement une logique.
- Quelle part me revient vraiment ? Une part, la totalité, ou seulement celle que vous vous êtes attribuée d'office ?
- Qu'en penserai-je dans un an ? Une faute réelle reste sérieuse, mais le recul change souvent le poids que l'on donne aux choses.
Vous n'avez pas besoin de répondre parfaitement. Le simple fait de poser la question, par écrit, peut aider à sortir la culpabilité de la boucle : elle devient un texte que vous pouvez relire, contester, corriger.
Réparer ce qui peut l'être, poser le reste
Si un geste est possible, faites-le simplement : un message d'excuse sans justification interminable, un remboursement, une conversation. Une réparation ne demande pas de se flageller. Elle demande d'être clair(e), et de ne pas attendre d'être pardonné(e) sur commande.
Si rien n'est possible, parce que la personne n'est plus là ou que la situation est passée, un geste symbolique aide certaines personnes : écrire une lettre qui ne sera pas envoyée, faire un don, s'engager à agir autrement la prochaine fois. Aucun de ces gestes n'efface la faute ; ils aident seulement à la poser.
L'écriture peut aider certaines personnes à sortir de la tête ce qui y tourne. Les protocoles étudiés proposent en général d'écrire quinze à vingt minutes, à plusieurs reprises (Baikie et Wilhelm, 2005). Les bénéfices rapportés restent modestes, et une baisse d'humeur juste après l'écriture est fréquente : arrêtez-vous dès que vous en ressentez le besoin.
Quand la culpabilité en cache une autre émotion
Parfois, la culpabilité prend la place d'une émotion plus difficile à porter : la tristesse, la colère, l'impuissance. « J'aurais dû faire quelque chose » est parfois plus supportable que « je n'y pouvais rien ». Se sentir coupable donne l'illusion du contrôle : si la faute est la mienne, alors j'aurais pu agir autrement.
Reconnaître son impuissance fait mal, mais elle enlève souvent un poids. Si vous soupçonnez que votre culpabilité en cache une autre, demandez-vous ce que vous ressentiriez si la faute n'était pas la vôtre. La réponse, parfois, est simplement de la peine.
Quand la culpabilité ne lâche plus
Une culpabilité qui revient presque tous les jours, avec une tristesse constante, une perte d'intérêt, un sommeil perturbé, une fatigue inhabituelle ou des difficultés de concentration, mérite d'être évoquée avec un médecin. Selon l'Assurance maladie, c'est le cas lorsque ces signes durent depuis au moins deux semaines et pèsent sur la vie quotidienne. Un psychologue peut aussi aider à défaire les règles qui alimentent l'auto-reproche.
Si des idées noires apparaissent, appelez le 3114, joignable 24 h sur 24, ou le 15 en cas d'urgence.
Vous n'avez pas à tenir ce procès seul(e). Parlez-en à quelqu'un de confiance ou à un professionnel et, si l'idée vous parle, gardez une petite place pour un soin LaHoChi à distance, comme une halte, sans rien remplacer.