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Bien-être

Hypersensible et open space : tenir au travail

Christine Gaubert

Christine Gaubert

Praticienne LaHoChi & Consultante Akashique

Être hypersensible au travail, c'est réagir plus fort aux bruits, aux interruptions et à l'ambiance de l'équipe, et l'open space rassemble justement tout cela. Ce n'est ni un défaut ni une maladie, mais cela peut fatiguer beaucoup. Vous trouverez ci-dessous de quoi comprendre ce qui vous use, six réglages pour tenir la journée, des mots pour en parler à votre manager, et les signes qui justifient de voir un médecin.

Hypersensible au travail : de quoi parle-t-on ?

Le mot est populaire, mais la recherche parle plutôt de « sensibilité du traitement sensoriel ». La psychologue américaine Elaine Aron a popularisé l'idée de « personne hautement sensible » avec un livre paru en 1996. Il s'agit d'un trait de tempérament : certaines personnes réagissent plus fortement que d'autres aux stimulations et aux émotions. Ce n'est pas un diagnostic, et un test en ligne n'en est pas un non plus.

Combien de personnes sont concernées ? La réponse dépend de la façon de mesurer, et les chiffres qui circulent varient. Retenez surtout ceci : si vous vous reconnaissez, vous n'êtes pas « trop » sensible. Vous avez sans doute besoin de pouvoir régler un peu votre environnement.

Pourquoi l'open space use autant

Un open space demande à votre attention de faire trois choses à la fois : filtrer les conversations autour de vous, garder le fil de votre tâche et suivre l'ambiance de l'équipe sans en avoir l'air. Beaucoup de personnes sensibles décrivent un filtre qui ne s'éteint jamais tout à fait. La tête se remplit, sans que personne autour ne s'en rende compte.

Il y a aussi ce qui ne se voit pas : l'humeur des autres. Un collègue tendu, une remarque sèche à deux bureaux de vous, un ton qui monte au téléphone, et votre attention se braque dessus alors que cela ne vous concerne pas. Vous dépensez de l'énergie à suivre une ambiance dont vous n'êtes pas responsable.

Imaginez une personne qui termine sa journée sans avoir fait grand-chose de visible, mais avec un mal de crâne, un besoin de silence complet et aucune envie de parler à qui que ce soit. Ce n'est ni de la paresse ni de la mauvaise volonté. Sa journée a demandé un effort de tri permanent.

Le corps donne souvent le signal avant la tête : mâchoire serrée, épaules hautes, irritabilité en fin d'après-midi. Ces signaux ne disent pas que vous n'êtes pas fait(e) pour ce travail. Ils disent que le réglage actuel coûte trop cher.

Six réglages pour tenir la journée

Aucun n'est spectaculaire, mais ensemble ils changent la journée :

  • Le son. Un casque antibruit ou des bouchons d'oreille, avec ou sans musique. Un casque sur les oreilles est aussi un signal pour les collègues : vous êtes concentré(e).
  • La place. Si vous avez le choix, préférez le dos au mur, loin des passages et des imprimantes, plutôt que le milieu de la salle.
  • Le rythme. Gardez les tâches qui demandent de la concentration pour les moments les plus calmes, tôt le matin ou pendant que les autres déjeunent.
  • Les pauses courtes. Quelques minutes dehors ou dans un couloir vide, plusieurs fois dans la journée, aident certaines personnes à relâcher la pression.
  • Le sas de sortie. Gardez dix minutes sans écran ni conversation avant de rentrer chez vous, pour ne pas ramener toute la journée à la maison. Le sas de décompression en détaille le principe.
  • Les repères du corps. Un verre d'eau, quelques respirations lentes, les pieds bien posés au sol : des gestes de quelques secondes, à la portée même d'un jour chargé.

En parler à son manager, sans se justifier

Vous n'avez pas à raconter votre vie intérieure. Parlez de besoins de travail, en termes concrets : « Je suis plus efficace quand je peux travailler au calme deux matinées par semaine. » Ou encore : « Un casque m'aide à rester concentré(e), pouvez-vous en tenir compte ? » Proposer une solution facilite l'accord. Et pour poser une limite sans vous justifier, l'art de dire non sans culpabiliser propose des formulations simples.

Préparez deux ou trois demandes au maximum, présentées comme des moyens de mieux travailler. Choisissez un moment calme plutôt qu'un échange de couloir, et confirmez ensuite par un court mail ce qui a été convenu.

Si l'entreprise dispose d'une salle calme, de jours de télétravail ou de bureaux moins exposés, demandez à y avoir accès. Tout n'est pas toujours possible, et il est légitime de se demander, à moyen terme, si l'environnement vous convient. Vous pouvez aussi ne rien dire et agir seul(e) avec les réglages ci-dessus : c'est un choix valable.

Récupérer le soir et le week-end

La récupération compte autant que les réglages en journée. Un soir sans écran, un repas simple, une marche sans destination, un moment de silence (le silence intérieur, ce luxe oublié propose d'en retrouver par fragments) : rien de compliqué, mais ces temps aident souvent à se ressourcer. Évitez de remplir le week-end d'obligations sociales pour compenser la semaine, sauf si elles vous font réellement du bien.

Certaines personnes notent à l'agenda une soirée vide par semaine, comme un rendez-vous, et s'y tiennent. Le principe est simple : ce qui n'est pas protégé finit par être mangé par autre chose.

Quand en parler à un médecin

L'hypersensibilité n'est pas une maladie. Mais une fatigue qui ne passe plus pendant le week-end, un sommeil dégradé, des pleurs fréquents, une irritabilité nouvelle ou l'envie de tout quitter méritent un avis médical. Le travail lui-même peut y contribuer, et un avis médical permet d'évaluer la situation plutôt que de chercher à tenir par simple courage.

Parlez-en à votre médecin traitant, et au service de santé au travail si votre entreprise en a un. Une pratique de détente reste un complément, jamais une réponse suffisante à un épuisement installé.

Quand la journée a été trop pleine, certaines personnes aiment s'offrir un soin à distance depuis chez elles. C'est une parenthèse, qui ne dispense d'aucun avis médical.